Séjour Février 2018

COMPTE-RENDU DU VOYAGE 2018 de l’AFEN au NEPAL

Préambule (page 1)

Tempo général de la situation économique, politique et … les routes (page 2)

Introduction de notre activité (page 2)

A/  Les familles (page 3)

            A/ 1  Les anciennes (page 3)

                        A/1-1    Nouvelles de quelques anciennes (pages 3-4)

                        A/1-2    Zoom sur les grands-parents qui élèvent leurs petits-enfants (pages 4)

                        A/1-3    Familles rencontrant un problème de santé (pages 5-6)

            A/ 2  Les nouvelles (pages 6)

            A/ 3  Les élèves pris en charge individuellement (page 7)

            A/ 4  Les familles sorties de l’aide (page 7)

            A/ 5 Aide à l’installation d’anciennes élèves comme couturières (page 8)

B/ Les écoles (pages 8-9)

C/ L’aide alimentaire et les commerçants (pages 9-10)

D/ Le dispensaire (pages 10)

E/ L’école de couture (page 11)

F/ La visite de Lumbini (page 12)

G/  La reconstruction suite aux séismes de 2015 (page 12-13)

Conclusion (page 13)

                Préambule

            Les 4 voyageurs de l’AFEN de 2018 se sont relayés au Népal comme prévu du 3/1 au 24/3 2018.

Malheureusement, « Dr Fafa », notre amie pédiatre qui projetait de nous rejoindre mi-février a dû annuler en dernière minute son séjour pour se rendre au chevet de son frère malade et décédé, hélas, en Mars.

            Quel que soit le nombre de bénévoles sur place, l’activité reste dense, quasiment sans journée de répit pour boucler l’ensemble du programme d’autant que nous dépendons de la disponibilité de nos « assistants-traducteurs » extrêmement dévoués mais qui sont aussi engagés dans une vie professionnelle ou étudiante. Ils nous sacrifient leurs vacances, du temps passé avec leur famille, qu’ils en soient vivement remerciés. Cette année, nous avons reçu l’aide pendant 4 jours chacun de 2 anciens pupilles de l’AFEN: Arjun, professeur de management  à l’université ( Kathmandu) et Shanti, cadre de santé-infirmière en montagne à 500 kms à l’Ouest de Pokhara, puis de Ditchya, élève ingénieur agronome au sud du Népal (Téraï), et enfin de son frère Sansar qui passe son bac. Pour les accompagnateurs anciens : Bischow Raj, prof de maths, Teck Nath, prof en retraite et Baburam, notre poète traditionnel et guide de trek. Notre Indira familière nous manque mais elle travaille aux USA depuis un an et le nouveau professeur de couture, Rama, si elle est très compétente dans sa fonction, ne parle pas anglais à notre grand regret !

Tempo général situation économique, politique et les routes

            La situation économico-sociale est toujours assez fragile,  ponctuées de campagnes d’élections nationales et locales depuis plusieurs années mais les dernières en date ont enfin donné des députés dans notre zone avec un découpage en deux municipalités, l’une concerne les montagnes « Machhapuchhare Municipality » pour des bourgades comme Dhital, Bidawari, Koramok, Lumre ou Shidding où nous avons le dispensaire et la moitié de nos familles et écoles tandis qu’Hemja (école de couture) a été rattachée à Pokhara (Seconde ville du Népal) située à 10 kms.

            Au niveau économie locale, aucune industrie ou activité autre que touristique ne semble implantée mais forte progression des commerçants, banques et orfèvres qui stigmatisent une amélioration économique et se traduit au niveau du particulier par plus de confort. Cette année, le maintien de la distribution de l’électricité en continu (au lieu des 6 à 7 h /24 jusqu’en 2017) permet l’équipement de télévision, aspirateur et frigidaire. Cela ne touche pas encore nos familles démunies, mais on trouve du lait ou du beurre (ghee) frais, voire des surgelés dans les superettes des villes et gros bourgs pour les familles de classe moyenne surtout si elle bénéficie d’un ou plusieurs travailleurs émigrés en occident (cette situation s’est généralisée depuis 2 ans)!

            La décision de politique générale pour faciliter l’accès des secours dans toutes les zones habitées du pays en cas de séismes selon les préconisations des instances internationales a été suivie. Nous avons pu voir les voir lors de la construction et de l’élargissement (2 à 4 voies) de la Highway qui va de Kathmandu à Baglung, qui passe par Pokhara et traverse HEMJA et les bourgs! Mais  ses effets sont parfois dramatiques pour les riverains des grands axes. Les maisons qui ne sont pas alignées disparaissent sans ménagement en totalité ou partiellement (nous avons vu des constructions ayant été « réduites » de la largeur imposée, une cloison intérieure devenant mur extérieur). Une de nos familles les plus pauvres en a été victime et comme elle occupait une maison aux murs de bambous« tolérée » mais sans titre de propriété, elle en a été chassée sans aucun dédommagement. Du coup, toutes les routes sont touchées simultanément sans fermeture de la circulation (pas de déviation possible) ce qui vous laisse imaginer les encombrements, la poussière et autre.

            Même les villageois s’organisent par rues pour élargir aussi leur propre chemin « piéton » et laisser passer motos, voitures et tracteurs (nouveau cette année). L’état participera financièrement au goudronnage (autour de 80%) si la norme de largeur (4m) est respectée et que chacun respecte l’alignement en reculant le bornage et les haies de son propre champ, voire rétrécir l’étable ou sa maison. Idem pour le mur d’enceinte de l’école ou ses classes. Nous en avons été témoins à plusieurs reprises d’autant que c’est  Bichu Raj, porteur du projet de notre ruelle qui a été élu au comité des habitants avec la charge de collecter le financement des riverains 20%. Pourquoi lui ? C’est parce qu’il est de caste brahmane, professeur donc instruit et surtout doué de capacités reconnues de modérateur. Qualités bien nécessaires car tous les propriétaires ont dû s’exécuter de gré ou de force pour libérer une bande d’1 m environ de chaque côté de la rue, les arbres ont été arrachés et les fontaines déplacées au prix d’un sacré travail et de chicanes jusque tard dans la nuit. (2 photos)

            Le gouvernement actuel s’est aussi donné 2 autres priorités pour l’amélioration du système éducatif et celui de la santé, secteurs au cœur de nos préoccupations. Pour l’école, la fin de la scolarité est reportée de 2 ans et passe de la classe 10 (notre seconde) sanctionnée par l’examen du SLC, à la classe 12 (baccalauréat) ce qui l’aligne sur la durée de la scolarité des autres pays. L’impact pour l’AFEN est l’allongement de la prise en charge scolaire, ce que nous allons faire pour les plus jeunes et les meilleurs élèves, tout en recherchant une formation professionnelle (encore quasi  inexistante dans le public) pour favoriser l’emploi futur. Pour la Santé, un maillage de dispensaires ou de postes de 1er secours commence à émerger proposant des consultations ou des soins courants gratuits à la population y compris dans les zones reculées. Notre dispensaire y est référencé pour Dhital. Par contre, il n’y a toujours pas d’assurance médicale et les soins restent très chers surtout pour les maladies invalidantes ou de longue durée comme le cancer. Des familles s’y ruinent et s’endettent 10 ou 20 ans pour soigner un parent ou un enfant.

            Introduction de notre activité

            Bien que présents sur le site de l’association pendant une douzaine de semaines, le rythme est intense pour avoir une vue d’ensemble dès le 1er mois où nous sommes 4 pour évaluer les situations et prendre les décisions importantes concernant aussi bien la majorité des 56 familles suivies et la centaine d’enfants scolarisés que du dispensaire et de l’école de couture avant le départ fin janvier d’Henri et Françoise. Par ailleurs, la disponibilité de nos accompagnateurs et traducteurs népalais est relativement réduite pour chacun  et nous avons dû jongler et optimiser notre temps avec eux pour évaluer la situation des familles, surtout lors des visites à domicile parfois lointain et d’accès difficile. C’est pourquoi cette année, Daniel et Betty ont opté pour plusieurs mini-treks de 3 jours où ils pouvaient visiter des familles et les écoles sur la même zone géographique en dormant chez l’habitant pour éviter des allers retours en jeep aléatoires et fatigants.

            Ici, on vit à la campagne au rythme du soleil (6h/18h) et les gens se lèvent très tôt, les mamans viennent dès 7h30 le matin nous solliciter à l’école de couture avant de partir aux champs mais rarement au-delà de 19h30. Nous consacrons nos soirées à la mise à jour de nos notes et tableaux des familles, au contrôle des dépenses de l’année 2017 ou l’organisation du lendemain. L’emploi du temps change sans arrêt entre tous les jours fériés au 1er trimestre, les fermetures d’écoles ou dates d’examens. Un vrai casse-tête de jongler aussi avec les calendriers locaux qui ne se superposent pas au nôtre dit « universel »: 3 choses communes : 12 mois, la semaine  de 7 jours et la durée du jour (24h*60 mns). Ici, l’année commence le 14 Avril, nous sommes en 2075 et nous changeons de mois entre le 12 et le 14 du mois! Enfin, les caractères graphiques sont très éloignés des nôtres. (cf photo)

            Bischow Raj, notre référent principal, a été très surchargé pendant notre séjour car il nous a bien aidés mais, en tant que prof de maths, il a aussi une tonne de copies à corriger et il gère- en sus- avec Saradar sa femme, une petite ferme. Du reste, beaucoup de personnes ici ont plusieurs activités pour vivre comme une mini-exploitation avec quelques bêtes et un bout de champ ou de potager dont ils s’occupent le matin et le soir. Cela vient en complément d’un autre emploi soit salarié (rare) comme professeur, fonctionnaire, commerçant … ou précaire comme journalier dans les champs, aide à la construction de maison ou gestion d’une boutique (souvent de minuscules échoppes). Ceci est différent en ville, bien sûr.

A/ LES FAMILLES

            Le fondement même de l’AFEN est de scolariser des enfants pauvres et d’aider leurs parents à les nourrir. Situation inhabituelle maintenant en Europe (encore que….) mais que l’on rencontre, hélas, très souvent ailleurs: les enfants doivent gagner de quoi manger dès la petite enfance, souvent au détriment de l’école, bien sûr.

            La règle: apprécier les besoins les plus urgents et affiner les décisions à prendre: continuer l’aide alimentaire à l’identique, la modifier ou la supprimer s’il n’y a plus d’enfant à l’école ou que la situation s’est améliorée (ex : apport  financier de l’étranger par un membre de la famille) ou déménagement  familial.

            Dès les premiers jours, nous avons un premier contact avec les 56 familles suivies en 2017 généralement à leur domicile et sans être attendus, car c’est de cette façon que nous pouvons le mieux apprécier les conditions de vie réelles des gens et détecter les imprécisions qui masquent une possibilité d’abus. Exemples: Un homme qui sort de la chambre normalement occupée par une mère seule et ses enfants peut signifier un remariage. Le retour d’un fils aîné pouvant participer à l’éducation et l’alimentation de la famille entraîne une possible réduction de notre aide; une jeune fille de 15 ans que nous ne voyons pas sous 15 jours et signalée comme absente depuis 1 mois ou 2 par l’école fait craindre à un mariage précoce et, là aussi, déclenche une réduction de l’aide en nourriture et frais scolaires. Il en résulte pour nous, beaucoup de déplacement avec nos « traducteurs-népalais». Les abus sont rares mais nous devons être vigilants. Budget 2018 aide médico-sociale des familles = 1 500€ (hors scolarités et nourriture)

D’après nos premières constatations, les familles ont passé une année sans trop de problèmes majeurs en dehors de celles sur lesquelles le sort s’acharne comme vous allez le voir.

A-1/ Les familles anciennes

                        A 1-1 Nouvelles de quelques anciennes

Nanda Maya BK, (Photo) cette maman a été prise en charge l’an dernier car elle avait subi une grave opération abdominale et ne pouvait plus faire face, seule, aux frais de sa nombreuse famille. Elle  est venue rapidement pour nous demander 3 couvertures pour les 6 enfants (sur 8) qui vivent avec elle. Nous lui en donnons 2 qui s’ajoutent à celle de l’an dernier et qu’elle emportera dans la nuit noire sans le secours d’une lampe électrique. Elle reviendra avec ses enfants avant l’école pour récupérer des châles chauds pour les aînées, des vêtements, serviettes de toilette puis des cahiers et stylos. Elle va mieux, mais sa situation est précaire et nous continuons l’aide totale (scolaire et alimentaire) d’autant qu’elle est préoccupée par la poursuite de la scolarité de ses enfants et exige du travail et des bons résultats. Comme elle n’avait pas compris qu’il fallait venir chercher les cahiers au Training center l’an dernier, nous lui expliquons ce qu’il en est.  Du coup, nous avons mis en place un suivi de distribution des fournitures scolaires plus précis, pour  faciliter la tâche de Tech Maya et Bischow Raj avec alerte si une famille ne vient pas chercher le matériel scolaire prévu.

Bishop BK, (Photo) consolidation de l’aide démarrée l’an dernier. Handicapé (de naissance) du bras il travaille comme porteur dans la construction de maison ou dans les champs mais est peu efficace. Sa femme Ganga a fort à faire avec 4 enfants plus ses beaux-parents âgés qui habitent une maison voisine. En l’absence de Bishop, elle nous révèle qu’en fait, elle a 2 enfants de 13 et 10 ans Abisek et Subina mais que son mari a eu une liaison avec sa sœur Jamina venue l’aider après le second accouchement. Jamina a accouché de 2 jumeaux de 9 ans (Laxman et Ram) qu’elle a laissé à leur père Bishop pour se marier. Les enfants ne sont pas en avance car ils sont allés à l’école tardivement faute de moyens financiers. L’AFEN paye les scolarités depuis 3 ans et l’aide alimentaire depuis l’an dernier. Nous continuons.

Monisha Sunwar (Photo) vient accompagnée de 2 enfants très propres (méconnaissables par rapport à l’an dernier). Très prolixe, elle nous présente la facture des frais d’école engagés pour son neveu Sunil qu’elle a recueilli cette année pour soulager ses vieux parents (eux-mêmes pris en charge par l’AFEN depuis 2 ans). Motilav et Mutila vivent dans des conditions misérables et ils doivent subvenir à l’éducation de 3 petits enfants abandonnés par leur père. La maman Colbona est restée, mais elle peine à nourrir tout le monde en travaillant dans les champs tandis que les grands parents cassent des cailloux dans la rivière. L’AFEN aide donc Susmita 4 ans et Samarpan 6 ans pour l’école et nourrit la famille. L’aîné, Sunil 9 ans, a donc été pris en charge par sa tante Monisha qui l’élève avec sa fille Momita, 6 ans. Ils habitent à POKHARA où elle a trouvé un emploi (8 000rp/mois) dans une boutique de couture (ex- élève du Training center). Son mari travaille au Qatar mais n’envoie pas beaucoup d’argent et ne veut pas payer pour l’école de Sunil ni aider sa belle-famille. Les frais annuels de scolarité sont de 3 600 rp que nous lui remboursons en la remerciant d’offrir à son neveu des bonnes conditions pour apprendre et être bien éduqué. Elle nous répond qu’elle est sortie d’affaires grâce à l’AFEN qui lui a donné un métier et qu’il lui semble normal d’aider à son tour et nous remercie aussi pour tout.

                        A 1- 2  Zoom sur quelques familles avec des grands-parents élevant leurs petits-enfants:

Indra Kali DHUNGANA, (Photo) cette volcanique et minuscule dame âgée dont nous avions refait l’an dernier  le toit et la porte de la maison n’a toujours pas l’électricité. Grrrr ! Nous étions partis confiants en mars 2017, car sa ligne devait être tirée d’un temple proche. Raté, la compagnie n’a pu mettre la ligne en place pour non paiement de la redevance depuis des années. Il faut partir d’une autre maison et nous avons actionné le réseau local des bonnes volontés. En un mois, la ligne est tirée d’une maison proche, le branchement payé et les 2 ampoules (intérieure et extérieure) fonctionnent. Au cours de récriminations variées, Kali a émis le souhait que le lit neuf (en bois) fourni l’an dernier soit protégé des insectes qui ont commencé à le grignoter et que nous lui fournissions une petite chèvre à élever: soit, d’accord ! En nous quittant, elle avait un sourire d’enfant malicieux. Pendant 2 mois, elle s’est démenée pour trouver l’animal rare, usant la patience des uns et faisant rire les autres car c’est une sacrée personnalité et qui n’a pas la langue dans sa poche. Sa petite fille Prapti 9 ans, dont elle s’occupe depuis 3 ans en bénéficiera aussi car nous l’avons trouvé bien sombre, acceptant mal l’abandon de sa mère partie vivre avec un autre homme alors que son père reste inconnu. La chevrette pourrait être un bon dérivatif pour lui redonner meilleur moral. Aide scolaire et alimentaire poursuivies.

Maya Ama BK, (photo) notre grand-mère courage qui a pris en charge successivement ses 4 petits-fils en 2 fratries (2 orphelins de 17 et 13 ans Susan et Sumit, puis 2 jumeaux de 8 ans Purbin et Pitom après le divorce des parents (le père à l’étranger n’envoie pas d’argent et la mère rentrée depuis peu à Pokhara peine à y gagner sa vie). En 2016, suite à un glissement de terrain, sa maison neuve s’était effondrée dans le ravin et  l’AFEN avait aidé à la reconstruction. En Mars 2017, Maya, a été blessée à l’œil par son compagnon irascible et a dû rester plusieurs jours à l’Hôpital des Yeux. Malheureusement, cet événement a rappelé à Suzan, l’aîné, l’agression nocturne qui avait provoqué le décès de sa mère il y a 6 ans. Depuis, l’adolescent fait des cauchemars, des crises d’angoisse ou gastriques et doit avoir un traitement médical. Nous les voyons à plusieurs reprises, Maya porte des lunettes teintées et dit que son compagnon regrette et s’est calmé. Suzan est interne pour ses examens de SLC ce qui lui a permis de prendre un peu de recul. Bischow Raj décide de lui parler et  le suivra cette année « car il a vécu, enfant, dit-il, une situation personnelle assez semblable». Bien évidemment, règlement des frais médicaux occasionnés pour Maya et Suzan et poursuite des aides.

Padalum Mongoli. (photo)  Il s’agit du couple très âgé et démuni qui avait  pris en charge il y a 6 ans, leurs 3 petits-enfants dont Sandia 12 ans (handicapée mentale). Nous avions réussi, depuis 4 ans, à la placer en internat où elle progressait mais celui-ci a refusé de la réintégrer cette année, prétextant son absence de 3 mois (liée à un accident de la circulation avec fractures de la hanche, jambe et trauma crânien). Lamentable ! Mais nous sommes impuissants. Elle remarche normalement et a gagné en maturité. Cette famille vivait sur le bord de la route, dans une maison de bambous dont les murs avaient été  doublés, il y a 2 ans, par des parpaings: une maison « presque » normale ! Hélas, la route «Hight Way n°1» qui relie Kathmandu à Baglung via Pokhara est en cours d’élargissement et passe de 2 à 4 voies. Vous imaginez les dégâts avec les maisons coupées en 2 dans l’épaisseur voire carrément détruites au bulldozer comme ici. Nous les avons retrouvés désemparés louant une pièce sombre, sans autre ouverture qu’une porte en tôle, leurs pauvres meubles et affaires transportées par des voisins compatissants. Des 3 enfants, la jeune fille Sanjita, a été placée en ville il y a 2 ans comme domestique (à 16 ans) et ne donne guère de nouvelles. Le garçon, Sanje 19 ans, a fini sa scolarité, il s’est trouvé un apprentissage local chez un électricien qui le loge et le nourrit. Il revient le samedi veiller sur sa famille. Sandia était absente lors de notre visite et nous la pensions partie jouer chez des voisins, aussi quelle ne fut pas notre surprise quand nous la vîmes arriver, portant sur son dos un gros fagot de bois ramassé dans la jungle proche, et nous disant avec une assurance surprenante : « Ici, je suis beaucoup plus utile qu’à l’école ».           De fait, elle aide beaucoup ses grands parents dans les tâches ménagères et les entoure d’affection. Bel exemple de maturité. De notre côté, en fin de séjour, nous avons accepté de les aider à reconstruire une minuscule maison sur un lopin de terre familial. Nous avons financé le ciment pour compléter les parpaings et les tôles du toit ont été récupérées de la maison détruite. Compte tenu des circonstances, maintien de l’aide alimentaire bien qu’il n’y ait plus d’aide scolaire.

                        A 1-3 Familles avec problèmes de santé

SUK BAHADUR (Photo) Les 2 jeunes albinos (Lokesh 17 ans, cl 10 et Suk Maya, 15 ans, cl 9) sont en internat (gratuit) et poursuivent des études satisfaisantes. Ils rencontrent des problèmes oculaires sévères (nous faisons refaire les lunettes après contrôle à l’Hôpital des Yeux et les dotons de casquettes qui ombragent bien le visage). En plus, Suk Maya continue d’avoir des flux menstruels trop importants qui nécessitent des transfusions 2 à 3 fois l’an. Aide alimentaire pour la famille et aide scolaire pour le dernier fils Nikil (10 ans, cl5). La mère Sita est couturière en atelier.

Laxmi Dhungana Famille suivie depuis 8/9ans et qui progresse notamment en raison du travail acharné de la maman (couturière et ancienne élève) et de ses 4 filles très intelligentes. Gita, 19 ans, poursuit en cl 12 même mariée à un jeune homme qui travaille dans le Golfe, Gayatri, 18 ans finit sa cl 11, Arati 16 ans est en cl  10 et Anita, 11ans cl 6. C’est Arati qui pose problème et a dû être opérée d’une fistule anale pendant ses révisions d’examens de fin d’études. Nous participons à hauteur de la moitié des frais chirurgicaux et médicaments de la jeune fille qui se remet vite. Nous poursuivons l’aide scolaire et alimentaire pour Gayatri et Arati, (Gita est financée par son mari et Anita est boursière).

Baisai Kumari BK. (Photo) La maman du jeune Ramit 11 ans qui a un grave disfonctionnement cardiaque de naissance, est inquiète non à cause de l’enfant qui va aussi bien que possible et prend son traitement, mais parce que son mari ne donne plus signe de vie depuis 8 mois: A-t-il fondé une autre famille ? Est-il en prison suite à l’expiration de son visa ? (il y a 4500 népalais en prison à ce titre dans les pays du golfe, sans information pour les familles). Nous continuons l’aide scolaire et Teck Nat va vérifier si une aide alimentaire est nécessaire si la situation se prolonge et que le manque d’argent est manifeste. La mère travaille un peu dans les champs.

Khrisna PARYAR. (Photo) La famille est suivie depuis plusieurs années car le père, Khrisma, est revenu malade de Malaisie et ne peut travailler. La mère Biba souffre de maux de tête depuis sa chute d’un arbre où elle coupait des feuilles pour nourrir un buffle. Elle travaille pour la famille Adhikari qui leur a donné un bout de terrain pour construire une petite maison. Prakash, le fils de quasi 16 ans est suivi en psychiatrie depuis 3 ans suite à des bouffées de violence et idées suicidaires. Il va mieux et poursuit un traitement allégé, il présente cette année un visage très souriant et ouvert. Sa sœur Rita, 17,5 ans termine sa formation agricole tandis que l’aînée Sita, 20 ans, vient nous présenter son bébé. Le père semble connaître un accroissement de ses troubles abdominaux et quelqu’un lui aurait dit que c’était un cancer. La famille est bouleversée et il nous paraît d’importance primordiale d’avoir un vrai diagnostic. Aussi, nous acceptons de l’emmener le surlendemain à l’hôpital pour un check-up complet qui révèle de l’hypertension, du diabète et d’importants calculs (dans le canal cholédoque) qui nécessitent une intervention chirurgicale après traitement médicamenteux. Betty a initiée Rita au parcours hospitalier complexe et elle sera ainsi capable d’accompagner son père (visites et opération). Nous laissons à Bischow Raj une provision pour payer l’intervention quand elle sera décidée. Maintien des autres aides.

Maya GANTI CHETRI. (Photo) Voilà une famille habitant loin (Laatchowk),  prise en charge depuis une dizaine d’année par le biais d’une élève de l’école de couture qui voulait que ses 2 neveux aient les meilleures chances possibles de suivre une bonne scolarité dans une famille marquée par la maladie et le handicap mental. De fait, en la visitant, nous avions rencontré un couple âgé aux prises avec 4 enfants adultes (3 femmes et 1 homme) atteints à des degrés divers de retard mental. Le fils était marié à Maya, une jeune femme saine dont il avait 2 garçons et habitait une petite maison sur la propriété. Tous travaillaient dans les champs. Nous avions accepté d’aider cette famille pour un an. Lorsque nous sommes revenus l’année suivante, notre ancienne élève, dépressive, venait de se suicider, désespérée à l’idée de supporter seule toute cette parentèle. En sa mémoire, nous avons continué la prise en charge ; le père des enfants est épileptique et fragile, les grands parents sont décédés, les 2 tantes mutiques survivent tandis que les 2 garçons de 17 et 16 ans finissent le collège et sont de niveau moyen en classes 8 (Navaraj) et 9 (Suris). Par contre, la maman, Maya, a été mordue par un serpent en juillet provoquant un grave empoisonnement du sang compliqué de problèmes cardio-pulmonaires et elle se trouve toujours sous traitement avec transfusion épisodique … Daniel, qui a consacré (comme tous les ans) une journée pour ce déplacement,  a remboursé les frais entraînés par les 10 jours d’hospitalisation et autres traitements ainsi que les frais scolaires aux 2 écoles. Nous poursuivrons l’aide scolaire et alimentaire en 2018.

Famille UJULI. C’est une famille qui habite aux limites géographiques de notre action, tout au fond de la vallée près de Lumré. Elle est suivie depuis une douzaine d’année par l’AFEN dans une relation émaillée d’éléments dramatiques. Le père de famille, professeur de mathématiques, est décédé subitement d’une rupture  d’anévrisme (?) à moins de 30 ans laissant une jeune veuve avec 3 petits enfants et sa mère. Quelques années plus tard, la maman est partie travailler à l’étranger laissant les enfants à sa belle-mère. Nous continuons de les aider quand, il y a 3/ 4 ans,  nous découvrons que le second fils et frère du défunt, revenu à la maison familiale pour s’y installer, veut jeter dehors sa mère et ses neveux. Nous discutons ensemble et il accepte alors de renoncer à son projet pour habiter à proximité et s’occuper de son neveu Resham qui n’aime pas trop l’école. Les 2 filles Sarada et Sarala sont plus assidues.

L’an dernier, en allant au lycée, nous avons constaté que Sarala 16 ans ne va plus à l’école car «elle serait mariée »  et que « Resham manque souvent » tandis que Sarada s’occupe de sa grand-mère hospitalisée. Dans le flou et n’ayant trouvé personne à la maison, nous payons l’école en fonction de la présence des enfants, maintenons l’aide alimentaire en 2017 et décidons de revoir la situation en 2018 dès notre arrivée.

            Nous y allons avec Arjun qui connait la famille et découvrons une situation assez éloignée du scénario imaginé l’an dernier. La grand-mère est toujours présente mais très affaiblie (atteinte des fonctions digestives et du foie), Elle est aidée par sa petite fille Sarala 17 ans, non mariée. Elle avait fait une fugue (pour tourner dans un film traditionnel), transgression qui ne lui permettait plus de retourner à l’école, ni de se marier… au moins, pendant quelques temps. Resham est présent mais dit qu’il n’est plus capable d’aller aux cours qui le fatiguent depuis son accident il y a 15 mois (nous apprenons alors qu’il est tombé du bus en marche et a eu des fractures du bras, de la jambe ainsi qu’une commotion cérébrale (1 mois d’hospitalisation). Personne n’a prévenu, ni sollicité l’AFEN. L’ainée Sarada, 18 ans, continue des études commerciales en cl 11 dans un autre lycée et habite chez des cousins. Enfin, SURPRISE, nous retrouvons la mère, d’apparence joviale mais bien ennuyée de nous rencontrer inopinément. Au pied du mur, elle nous raconte son histoire avec émotion. De retour incognito au Népal depuis 2 ans, elle travaille comme femme de ménage dans une école à 50 kms et gagne à peine de quoi survivre. Elle n’ose pas se montrer car, en fait, son contrat de travail de 5 ans à l’étranger masquait un « emploi » d’esclave sexuelle privée de papier et d’argent dont elle a eu le plus grand mal à se sortir à l’échéance. Situation honteuse qui l’a empêchée de demander de l’aide notamment pour l’accident de Resham. Elle s’est couverte de dettes pour payer l’hôpital et la scolarité de Sarala (3 mois d’internat cl 10 + cl 11 actuelle). Madame Ujuli est une femme illettrée, facile à tromper, victime des circonstances plus que malhonnête et nous décidons de l’aider à rembourser la moitié de ses prêts directement auprès de ses 2 prêteurs et chacun lui signera une remise de dettes. Nous maintenons l’aide alimentaire pour la famille et l’aide scolaire pour Sarada. Espérons que Resham 16 ans va travailler pour gagner sa vie, car l’aide de l’AFEN se terminera pour lui l’an prochain s’il n’a pas repris ses études. Il est costaud, même s’il semble encore handicapé de son bras.

Don Maya BK. Famille suivie depuis une dizaine d’année. Don Maya élève 2 enfants de 18 (Devi Shanti cl 10) et 14 ans (Suzan cl 8) qui travaillent correctement et que nous avons vu chez eux et dans leur école. Don Maya vient nous voir un après- midi très chargé car dit souffrir d’une fièvre typhoïde d’après le dispensaire d’Hemja et demande de l’aide pour acheter les médicaments. Betty l’accompagne toutes affaires cessantes avec Arjun et nous constatons au dispensaire que le diagnostic a été rendu au hasard. Don Maya est fiévreuse et tousse certes, mais de quoi ? Nous allons à la pharmacie qui fait aussi office de consultation médicale et de laboratoire. Le pharmacien (au Népal, il est aussi assistant médical) lui fait immédiatement prise de sang et analyse d’urine et rend son diagnostic une heure plus tard: infection urinaire et bronchite, pouls et tension faibles. L’AFEN paye les soins, analyses et médicaments. Nous lui achetons en plus, des œufs et 5/6 kgs de légumes frais et secs pour des soupes nourrissantes. Nous lestons son fils Suzan d’une couverture, enroulons sa mère dans un châle chaud et les mettons dans le bus pour rentrer chez eux. Don Maya se remettra en 1 semaine pour reprendre son travail.

 Ishu, 6 ans, atteinte de leucémie est la fille de Ganga, l’une des pupilles de l’Afen avec Arjun et Shanti il y a 25 ans. Le traitement dispendieux pèse lourdement sur les finances de la famille, très endettée de ce fait. (Pas d’assurance et participation minime de l’état). Le père conduit des engins de chantiers en Arabie et envoie un peu d’argent. Ganga vit seule à Katmandu avec ses 2 filles dont l’aînée de 12 ans. Sa famille (très pauvre) habite à Bidawari et son frère est resté handicapé suite à un AVC. Nous avons alerté ses anciens compagnons d’internat (soutien moral et affectif) et lui avons donné de l’argent pour participer au coût important des frais médicaux hospitaliers et des transfusions.

            A-2 Les nouvelles :

Bimala BK. (Photo) La maman a 5 enfants (4 filles et 1 garçon), le père alcoolique est parti mais seuls les 2 derniers vivent à Milanchowk avec elle, dans une petite pièce au fond d’une petite cour. Khabita 13 ans, cl 5 et Anil 9 ans, cl 3. Les 3 autres filles sont allées à l’école jusqu’en classe 5 (niveau du CM 2) au mieux et habitent avec leurs grands-parents. La présence en ville de cette famille s’explique par l’espoir que Khabita, gravement brûlée à la cuisse, il y a 5 ans, puisse bénéficier d’une greffe. Le coût de l’intervention est pris en charge pour moitié par une association et le reste par la famille (qui s’est cotisée pour rassembler difficilement sa part). Khabita a donc été opérée pendant notre séjour  et semble bien supporter les bandes à ses 2 cuisses car on a prélevée sur l’une de larges morceaux de peau pour recouvrir l’autre jambe très abimée. Par contre, Bimala a découvert que les soins infirmiers de suite opératoire sont exclus du montant et vient nous demander de l’aide. Nous décidons de les prendre en charge sur factures car la famille est sans ressources, et nous mettons en place une aide scolaire (les enfants ne sont pas en avance) et complétons par une aide alimentaire d’un an minimum. Nous donnons couverture, châles, serviettes de toilette et vêtements.

Kali Rasairi. (Photo) C’est une famille dont nous avons eu du mal à débrouiller l’histoire et la composition. Kali, âgée de 40 ans, vient du Mustang pour se fixer ici après 3 ans d’errance avec ses 3 filles de 6 à 13 ans, s’arrêtant là où elle trouvait à travailler. Son mari alcoolique est décédé à 50 ans il y a 6 ans, laissant 2 veuves et plusieurs enfants. Kali était la seconde femme et vivait au village avec ses 6 enfants dont 2 fils. L’aîné s’est enfuit (à 18 ans), il y a 3 ans, avec une jeune fille enceinte (qui attend son second enfant, nous les voyons en visite). Ils ont été chassés du village pour ce mariage d’amour et vivent dans un autre village. Le second fils, Bikas, 16 ans, victime enfant d’une chute en montagne qui l’a laissé boiteux et handicapé du bras, a été accueilli comme moine novice dans un monastère tibétain proche d’Hemja (nous constaterons ses blessures de visu). L’aînée des filles a été mariée il y a plusieurs années.

Kali, n’ayant plus que des filles à élever, subissait la pression du village pour quitter la maison familiale. Elle loue à Hemja, une maison de 2 pièces, cultive un petit potager et travaille comme domestique dans des familles aisées, dans les champs ou la construction de maisons. Elle est très  courageuse et veut se fixer pour que ses filles aillent à l’école. Laxmi 13 ans est en cl 5, Puja 8 ans en cl 2 et Puspa 6 ans en cl 1. Nous verrons plusieurs fois cette famille si démunie et lui donnons 2 couvertures, serviettes de toilettes, châles et vêtements. Nous mettons en place l’aide scolaire à l’école où les filles sont assidues et une aide alimentaire. Un vrai rapport de confiance s’est instauré et le sourire commence à venir sur les visages tendus lors des premières rencontres. Elles veulent s’installer là, à proximité de Bikas, le jeune moine, et vivre dans un quartier plus ouvert et tolérant. L’aide de l’Afen sera, incontestablement, un plus.

            A-3 Les jeunes étudiants pris en charge en scolarité seule :

Karuno CARJULA : 16 ans, ce garçon très intelligent et courageux, passe en cl 11. Pouvoir étudier l’aide à vivre et sa famille a des difficultés financières en raison de la lourde charge causée par le traitement du cancer dont il est atteint.

Roshaini PAUDEL Jeune fille brillante de 14 ans qui entre en cl 10 dont le père est handicapé.

 Ekumaya Dhungana : comme l’an dernier, nous prenons en charge la scolarité des 2 filles qui sont jeunes et  bonnes élèves : Gita va sur 15 ans et rentre en cl 9 (notre 3 ème) et  Balika va avoir 16 ans et passe en cl 11 (notre 1 ère) pour leur donner une chance de continuer et éviter un mariage précoce. Le père souffre d’insuffisance cardiaque depuis 1 an et le fils aîné de 19 ans Sumit travaille pour pouvoir partir au Qatar et ainsi être en mesure de payer les frais inhérents.

Kedar DAWADI : aide scolaire de Puspa 14.5 ans cl 10 et Susmita 17.5 ans, cl 12. Ces 2 jeunes filles sont de bonnes élèves mais leur famille ne peut assumer les frais de scolarité des classes supérieures. Le père, revenu d’Arabie depuis 3 ans, ne trouve pas de travail autre que se louer dans les champs, insuffisant pour payer les études de ces niveaux.

            A-4 Les Familles sorties de l’AFEN

MAHAT : les 2 filles, Alina et Benita, aidées depuis une dizaine d’années sont sorties de la misère noire grâce à leur parrain et l’Afen. Elles ont terminé leurs études (réception hôtelière et cuisine) prises en charge par l’AFEN (des emplois possibles car il y a beaucoup d’hôtels à Pokhara autour du lac) mais on ne sait pas encore si elles iront travailler dans ce domaine d’activité car « c’est trop dur » disent-elles, inconscientes de la chance qui leur a été offerte, à la vive déception générale d’Henri et Françoise et leur mère (qui travaille comme femme de ménage dans un hôtel).

DEBU DHAHAL : Bien que les 2 jeunes filles soient toujours scolarisées (Mina 19 ans, cl 11 et Bawani, 20 ans cl 12), elles ont des résultats faibles et nous soupçonnons que le remboursement du très cher traitement dermatologique prescrit depuis 3 ans à Mina n’ait été détourné (la mère n’a pu montrer ni la prescription de l’année, ni factures, ni les médicaments mais a touché 1500 Rp/ mois). Nous stoppons donc l’aide scolaire, alimentaire et médicale. Abus.

SUNWAR, notre ami si handicapé par sa polio s’est éteint en Mai et l’AFEN a dû prendre la douloureuse décision de cesser l’aide alimentaire à sa veuve Sun Kumari 55 ans encore vaillante et qui travaille dans l’hôtellerie pour touristes.

LAMICHANEE, fin d’études, les 2 filles sont mariées, le fils aîné est parti à l’étranger et le fils cadet travaille dans les champs qui avaient été hypothéqués il y a 10 ans pour payer les frais médicaux du père décédé d’un long cancer (aucune prise en charge hospitalière ni de médicaments). L’Afen a permis aux 4 jeunes de faire leurs études, soulager leur mère très courageuse qui nous a remercié  avec effusion et les hypothèques ont pu être levées.

BHUSEL, la famille de Pabitra arrive à s’en sortir, ses fils Prakash et Raj ont terminé leurs études et leur sœur Bawani 22 ans (handicapée mentale) reste seule avec sa mère qui travaille dans les champs (père professeur décédé).

 

             

A-5 Aides à l’installation des couturières

Maya-India habite loin et nous lui demandons de passer nous voir par le canal de l’école. Elle nous confirme que ses 2 fils vont bien (nous les avions vus à leur école) et demande à ce que nous continuions de l’aider pour lancer son atelier de couture dans la montagne. Elle a fait une dizaine d’uniformes l’an dernier et veut se diversifier. Elle a besoin aussi de tissu pour s’entraîner. Rama, notre professeur étant en fin de cours, écoute, intervient et lui propose un petit stage pour lui apprendre à faire les encolures des vêtements féminins et nous lui donnons quelques chutes de tissus. Poursuite de l’aide scolaire pour Bibek 11 ans, cl 6 et Binod 14 ans cl 8 (nous finançons aussi la visite à l’Hôpital des Yeux et l’achat de lunettes) et, nous maintenons l’aide alimentaire. Maya nous semble plus épanouie et dynamique. Elle avait dû faire front, il y a 7 ans, à une période terrible où, dans le même mois, toute la famille était expulsée d’Inde à l’annonce du diagnostic de tumeur cérébrale du mari (décédé en rentrant au Népal), elle a fait une fausse couche à 5 mois la famille de son mari l’a rejeté. L’AFEN avait immédiatement secouru cette famille en grand désarroi et continue de l‘épauler.

Deepa SUNAR. (Photo) Elève du cours de couture et aidée depuis l’an dernier en raison des difficultés financières liées à une opération de son mari porteur de trek au Mustang. Les 4 enfants de 5 à 13 ans sont scolarisés et travaillent bien. Elle propose que nous lui supprimions l’aide alimentaire mais que nous continuions de l’aider cette année en lui fournissant une machine à coudre car « elle sait tout faire » (du reste, elle est sortie 3 ème des 18 élèves de la session). Après avoir réfléchi et pris conseil car nous ne pourrions pas répondre favorablement aux demandes d’installation de toutes nos élèves, Saradar, décide de lui vendre sa propre machine à coudre contre un dédommagement. Nous maintenons l’aide alimentaire cette année (un peu diminuée toutefois) pour lui permettre de lancer son activité et prendrons la décision de cesser l’aide dès que la famille sera remise à flots et que la santé du père se sera améliorée.

B Les écoles

            Les écoles, vous le savez, sont un point de passage obligé pour acquérir les connaissances de bases de la vie en société et participer au développement de celle-ci par son travail, son implication familiale, sociétale ou politique. Les écoles au Népal n’échappent pas à cet impératif, poussées en avant par le désir très fort des parents (souvent illettrés eux-mêmes) pour que leurs enfants aient une meilleure chance de réussite par l’acquisition de diplômes. (Photo)

            Les écoles, dites gouvernementales, sont « en théorie » accessibles à tous, mais les faux-frais demandent un engagement financier souvent trop important pour plus de la moitié de la population (uniformes à l’anglaise, cravates, chaussures, bas, jupes et pantalons, matériels scolaires) et toutes sortes de petits frais qui, par accumulation, gonflent singulièrement la note. Ainsi aux frais d’admission, s’ajoutent les frais trimestriels, les coûts de correction de copies et d’examen (même en primaire) et si l’on quitte l’école, il faut s’acquitter d’un certificat de sortie. En classe 10 (niveau Seconde), avant de passer l’examen terminal national SLC, les élèves se retrouvent à bachoter de 3 à 6 mois dans leurs lycées, avec 2 classes sommairement aménagées en 2 dortoirs F/G. Ils y résident en pension complète que les parents doivent payer bien sûr (10 000 Rp/mois (82€)! équivalent d’un mois de salaire qualifié), impossible pour la plupart, obligés de s’endetter. L’Afen paye 1 à 1.5 mois d’internat pour chaque enfant aidé dans cette situation (5 en 2016, 2 en 2017). La raison invoquée par les directeurs est que le faible niveau des élèves (!) ainsi exposé au vu de tous, abaisse aussi le classement de l’école au niveau régional et national. Embêtant, quand le gouvernement a décidé cette année de répartir le financement des  écoles en fonction de leur amélioration qualitative stigmatisée par l’indicateur « notes et mentions au SLC ».

            Par contre, le fonctionnement interne des écoles, la qualité de l’enseignement et la formation des professeurs n’est pas évoqué (pas encore de contrôle ministériel) alors qu’il y aurait tant à dire!

Car, de notoriété générale, l’enseignement est reconnu insuffisant dans les examens, concours nationaux ou d’écoles, si bien que les élèves se retrouvent très désavantagés face aux élèves de l’Enseignement privé, beaucoup plus exigeant sur le travail, l’assiduité et les résultats. Après en avoir parlé avec plusieurs professeurs des 2 bords, on s’aperçoit que, dans le public, les professeurs sont fonctionnaires, donc inamovibles, et touchent un salaire régulier mais parfois faible (encore qu’il soit en train de se relever) ce qui induit d’avoir une autre activité rémunératrice: créer une boutique, se lancer dans les comités locaux et la politique…. Il en résulte un fort absentéisme des professeurs qui profitent de la moindre occasion pour s’absenter sous les motifs les plus divers. Dans le privé, les professeurs sont contrôlés sur tout, y compris leurs résultats et tant leur position, leur salaire et leur avancement dépendent de leurs qualités professionnelles et de leur travail effectif. Ils doivent aussi prouver leurs compétences sur les matières enseignées et ce, par niveau de classe.

            Tous les enfants suivis par l’AFEN vont dans des écoles gouvernementales qui se trouvent dispersées sur une région assez  large, en ville à Hemja ou dans les collines, selon les endroits où vivent les familles. Nous visitons tous les ans ces 13 écoles 1 à 2 fois par séjour et nous observons, au fil des ans, une érosion des effectifs scolaires (mais non des professeurs), avec des jours de fermetures d’écoles pour les motifs les plus variés y compris la stupéfiante Fête de l’Aubergine qui a donné lieu à congés cette année. Il faut dire que chaque jour célèbre quelque chose: dieux, évènements historiques ou naturels, animaux et production vivrière. Dans ces écoles, les célébrations peuvent être « locales » et dépendre de la seule décision du conseil de l’école. A cela, s’ajoute les congés pour convenances personnelles. Nous ne voyons jamais plus de la moitié des élèves inscrits présents lors de nos visites et il n’est pas rare de voir une dizaine d’enfants présents de 3 ou 4 niveaux différents avec des professeurs désœuvrés qui discutent entre eux sans faire classe, totalement démotivés. Pas question non plus de réunir plusieurs niveaux dans 1 seule classe avec 1 professeur pour 20 élèves. Nous avons vu une classe de maternelle à 25 enfants pour 1 prof à côté de 20 enfants de 5 niveaux différents avec 5 instituteurs (nombre d’élèves chacun de 2 à 7). Bref, l’absentéisme des 2 côtés est une institution. Comment progresser dans ces conditions? Le gouvernement est en train de tester dans quelques écoles, une petite cantine à prix très modique pour attirer les enfants et les fidéliser pour qu’ils viennent à l’école. A voir!

            Nous avons demandé ce qui provoquait l’hémorragie des effectifs: c’est la concurrence avec les écoles privées où les parents s’empressent de mettre leurs enfants au prix de lourds sacrifices financiers car y règnent la discipline, le suivi du travail et l’assiduité contrôlée des maîtres et des élèves. Certaines écoles publiques, voyant le danger, s’efforcent d’innover. Ainsi, l’une d’elle a proposé cette année d’ouvrir l’enseignement à l’anglais dès les 3 premiers niveaux, nursery, cl 1 (CP) et cl 2 (CE1) pour 1 000Rp /mois soit 12 000Rp /an ou 98€). Un montant considérable pour un travailleur précaire qui gagne difficilement 300R p/jour (2,4€) quand il trouve du travail à la tâche ou qui loue 1000 Rp/ mois soit 8€, une pièce misérable et obscure; à fortiori, une femme qui en gagne la moitié.

            Nous avons fait remarquer qu’avec ce système, les enfants des familles pauvres qui payaient difficilement les 300 à 500 Rp / an (4€) en primaire, allaient se retrouver exclus de l’école: gênant!  Nous n’avions qu’1 enfant de 7 ans en cl 2 (CE1) dans cette école et n’avons payé que 300 Rp au lieu des 12 000 demandés. Dans une autre école, on nous demandait de payer 1 000 Rs de livres obligatoires à la charge des familles; nous avons demandé à les voir ; il s’agissait de 3 livrets d’exercices sur lequel l’enfant répond directement sur le livre. Le problème est que le prix marqué dessus était de 75 Rp, même avec un éventuel frais de transport, le bénéfice est conséquent. Personne n’avait, semble-t-il, contesté cette somme sauf nous. Force est de constater qu’en plusieurs années, l’école a dérivé vers un business très lucratif pour les malins qui ont capitalisé sur le désir impérieux des familles vers plus d’éducation et de réussite scolaire pour leurs enfants tant pour les milieux aisés que pour les plus pauvres.

            Lorsque nous avons visité les écoles cette année, nous avons réuni les enfants aidés tous âges confondus pour une photo de groupe et nous leur avons tenus un petit discours un peu moralisateur mais qui avait le mérite d’être direct. « Leurs familles les aimaient et faisaient le maximum pour eux, ils devaient saisir la chance d’être aidés par l’AFEN avec ses dizaines de donateurs qui  leur offraient ainsi la possibilité d’étudier. Leur devoir était d’être assidus et travailleurs à l’école, aidants avec leurs familles et solidaires entre eux. Nous leur espérions un meilleur avenir sur ces bases et nous continuerions à les aider chaque année et de nous intéresser à chacun d’eux. »

 Nous avons engagé : 150 000 Rp de frais scolaires pour 72 enfants (13 écoles) hors uniformes

   (Photos)                     71 000 Rp pour 7 élèves en classe 11 et 12 (3 écoles),

                                    100 000 Rp pour les 9 étudiants en écoles professionnelles (hors les 18 du training center)

                                      70 000 Rp de fournitures soit Total 391 000 Rp (3 200€) pour 88 élèves payants.

            A la fin de la scolarité classique (durée = 10 ans au Népal mais 12 depuis 2018), nous essayons de trouver une formation professionnelle (rare et chère) aux aînés suivis. En 2017, nous avons soutenu 5 jeunes en formations diverses et 4 en études soins vétérinaires et agricoles. Là aussi, contacts et discussions avec les directeurs et les étudiants par l’entremise de Teck Nath ou de Bischow Raj. Les familles s’engagent aussi à ce que les jeunes filles terminent leurs études, même si elles sont  mariées avant leur fin. Pas toujours facile à faire respecter !

C  Les commerçants

            L’aide alimentaire que nous attribuons à 39 familles (140 personnes dont une vingtaine de personnes âgées sans ressources) est distribuée chaque mois par 4 épiciers / 4 villages: Ramu à Milanchowk (Hemja) pour 20 familles, Gurun à Koramok pour 17 familles, Dhital et Suiket (1 famille chacun) en fonction de la proximité de leur logement. Nos distributeurs ont bien joué le jeu en 2017, pas de problème ni sur les quantités ni sur les prix. (Photo)

            Nos rapports sont confiants et l’activité contrôlée par la remise de tableaux  personnalisés par boutique, avec pour chaque famille, les quantités de produits mensuels à délivrer, leur qualité et le prix moyen défini avec eux. C’est un vrai partenariat économique et social. Economique car cela représente une part importante du chiffre d’affaire, ils sont réglés par trimestre d’avance et les familles aidées se fournissent aussi chez eux pour le complément. Social, car fiers de participer à cette opération, ils sont à l’écoute de nos familles et parfois nous en signalent d’autres en difficulté. Lorsque nous arrivons en Janvier, nous récupérons l’ensemble des factures pour calculer les écarts entre le budget et le réel pour ajuster les chiffres (versement complémentaire/ restitution du trop perçu) et clôturer l’année passée (2017).            Avoir été contrôleur de gestion dans une autre vie pour Betty, s’avère utile et efficace car il y a un écart très faible entre la prévision et les prix réels constatés 1 an plus tard. Mi- février, nous leur donnons le tableau 2018 avec la mise à jour des familles aidées et les nouvelles quantités de denrées. Nous remettons aussi les 4 chèques trimestriels de règlements, basés sur de savants calculs des prix moyens prévus pour chaque produit (basés sur ceux de l’année précédente et de l’inflation supposée). Puis, l’équipe vérifie la qualité « médium » des consommables, distribue les cartes aux familles à présenter chaque mois pour être servies (A noter que l’aide de l’AFEN représente entre 60 à 80% des besoins voire 90% pour les personnes très âgées et sans ressources ou en incapacité de travailler).

            Nous prévoyons une dépense d’environ 7 000€ pour 6 tonnes de riz, 900kgs de lentilles (protéines végétales), 800 kgs de flocons de riz, 475 l d’huile, 170 kgs de sucre et 1 550 savons. Quelques ajouts de kgs de pomme de terre, oignons, haricots et thé pour toutes les personnes âgées sans potager (soupes).

D Le dispensaire ou Health post ou clinic (termes locaux)

            Nous avons assisté à 2 comités de gestion (Photo) studieux et pondérés avec nos correspondants habituels mais le 1er a été très animé par des intervenants locaux extérieurs assez vindicatifs. Nous savons qu’il existe un projet, défendu par le chairman/ député local récemment élu (après un vide administratif de 10 ans post-guerre civile). En effet, la nouvelle administration maoïste met en place son projet de développement d’amélioration de la santé.

Nous avons reçu mi -janvier cet important personnage qui voulait nous présenter ledit projet consistant à ouvrir un dispensaire gouvernemental doté de 2 salariés fonctionnaires (nurse et assistant délivrant les médicaments) à Dhital, soit situé à proximité du nôtre. Comme il lui paraissait plus simple d’optimiser les ressources, il se proposait d’utiliser une partie de nos locaux (à titre gratuit) et de nommer un assistant qui viendrait en complément de la nurse de l’AFEN. Il serait payé par le gouvernement à des conditions salariales meilleures pour un travail de grade inférieur (et pousser ainsi la nurse de l’AFEN à la démission ?). Bien évidemment, notre Comité de Gestion serait dissous et un autre mis en place excluant les 2 membres actuels de l’Afen (Tek Nath Secrétaire et Bichow Raj trésorier) ainsi que le président actuel, chef du village Gurung. De fait, nous perdrions ainsi tout contrôle sur le bâtiment et l’activité.

            Bien évidemment, notre réaction a été aussi vive qu’unanime puisque le bâtiment a été construit il y a 10 ans sur un terrain privé, acheté sur des fonds de l’AFEN au nom d’Arjun 35 ans (orphelin pris en charge de 8 à 18 ans dans l’Association) et il fonctionne, sur des fonds privés, à titre gratuit pour les patients. Son financement est assuré pour le futur et il serait toujours temps de voir si ce n’était plus le cas.

            Nous avons fait valoir que l’activité actuelle du dispensaire est stationnaire d’une année à l’autre comme le montrent les statistiques poussées établies à partir des registres de l’année 2017 avec Shanti, une des premières pupilles de l’AFEN il y a 28 ans et maintenant Infirmière en chef dans un hôpital de montagne. La moitié des consultants sont des Femmes (50.4%) et plus du tiers (38.8%) sont des personnes âgées de plus de 50 ans, les enfants (0-19 ans) représentant 27.8% des patients. Si l’on regarde de près la typologie des visites, 43% des plaintes ont trait à la fièvre, les migraines et les rhumes, 21% à la surveillance de la tension de personnes âgées et 13% à des problèmes digestifs ou urinaires, 9% aux blessures/ brûlures/ coupures, 6% maternité (rares accouchements sur place) et 9% autres.

            Bref, nous sommes dans la « bobologie », le soulagement des petits maux, la prévention et la surveillance des plus âgés et des plus jeunes. 90% des visites donnent lieu à un traitement (type paracétamol pour les fièvres) ou la délivrance de médicaments achetés sur ordonnance pour le compte des patients qui s’économisent 1 journée minimum de transport fatigant (à pied ou en jeep) pour aller en ville à la pharmacie. Beaucoup ne pourraient même pas y aller, trop faibles pour descendre/remonter de leurs hauteurs.

            L’implantation du dispensaire est donc justifiée par les services rendus mais sa fréquentation stagne et le nombre de visites est de 4.4 patients/ jour en moyenne (214 jours d’ouverture/ an de 9h30 à 16h30). Elle s’explique par l’exode rural d’une partie de la population des collines vers le bas de la vallée, voire vers la ville et le phénomène fait écho dans les écoles locales. Dans ces conditions, si le projet du député de s’implanter à proximité de sa mairie et de notre dispensaire se confirme en Août 2018 (alors qu’il y a tant d’autres villages totalement démunis dans un rayon de 20 à 30 kms), nous aviserons et restons vigilants sur la suite des évènements avec notre équipe AFEN locale. Nous espérons que le député et son conseil se projetteront sur un autre emplacement* car il n’y a pas la clientèle pour 2 structures similaires au même endroit. *Comme à Siddhing où Daniel est retourné avec Baburam et ils ont constaté la fin des travaux de reconstruction de l’école primaire après le séisme 2015, travaux financés par les Japonais.

            L’activité de l’année 2017 a été un peu perturbée par la grossesse de Grishma et son remplacement prévu pour 3 mois. Malheureusement, sa remplaçante a donné sa démission au bout d’un mois, sous prétexte d’avoir été menacée sur le chemin du dispensaire. Le comité de gestion a pensé qu’elle habitait trop loin pour la faible activité car il n’y a jamais eu d’agressions localement surtout en plein jour. Notre nurse a donc été sollicitée pour reprendre son travail plus tôt et, entre 2 patients, s’occupait de son bébé dont le berceau suspendu à la népalaise trônait dans une pièce. Nous lui avons payé une prime d’1.5 mois en plus de son salaire habituel. (Photo)

            Nous avons aussi assisté à la consultation mensuelle des nourrissons avec contrôle des vaccinations et du poids dans nos locaux. C’est un infirmier venu de l’hôpital qui était à la manœuvre secondé par une demi-douzaine de stagiaires. Enfin, James, un jeune médecin anglais (logé chez Teck Nath) est venu faire un mois de bénévolat au dispensaire avant de retrouver des amis pour un trek himalayen. Il a beaucoup apprécié cette immersion et nous avons visité avec lui quelques unes de nos familles ayant un problème de santé, Ramu l’épicier de Milanchowk ainsi que le grand hôpital de Pokhara. Nous avions, de plus, demandé à Susil (fils de Baburam) parfaitement bilingue anglais et étudiant en 4 ème année de médecine de lui faire visiter son CHU (Centre hospitalier universitaire). (Photo)

            L’analyse des comptes a été un peu complexe avec le changement de trésorier (Bichow Raj a remplacé Indira) et les changements de nurse mais toutes les opérations sont tenues sur un compte bancaire spécial et la nurse a reçu tout son salaire avec un peu de retard. Là aussi, formation et rigueur  sont indispensables. Coût salarial 2018 = 1400€

 

E- L’Ecole de couture dite « training center ou TC»

            L’année s’est bien passée pour Rama (l’an dernier, elle se prénommait Teck Maya !) dont c’était le 1er exercice après les 25 ans de présence active et dévouée d’Indira. Pas facile de remplacer celle qui fut son professeur, il y a 3/4 ans. Nous avons eu des réunions avec Rama et Bichow Raj pour faire le point sur l’activité de 2017, constater l’état des stocks de tissus (pour la confection des uniformes ou des vêtements), celui de la mercerie et des produits à vendre.

            En effet, une des originalités du fonctionnement imaginé par Henri il y a 25 ans est qu’une partie du financement du TC provient de la vente (à petits prix) des vêtements confectionnés par les élèves avec des tissus ou laines achetés sur place par l’AFEN ou envoyés et amenés de Paris. Cet apport couvre les frais de mercerie et une partie de l’achat des tissus locaux. Les étudiantes peuvent acheter leur propre production à un prix réduit de 50%.

            Bien sûr, il y a eu des consignes pour des comportements à recadrer, les recommandations d’Henri pour l’entretien régulier des machines et les rangements de l’armoire à fournitures, le rappel que tout travail fait au TC même personnel, appartient au TC et qu’il doit, à ce titre, figurer dans les comptages de la production. Rama nous dit que certaines élèves, sous prétexte que c’était gratuit, avait tendance à se servir à leur profit (tissus, fils…) et qu’elle avait réagi en conséquence. Cette plongée dans le détail du fonctionnement a été instructive pour Betty et Daniel aussi, car on se reposait sur Indira sans connaître tous les détails précisés par Henri et Françoise comme l’examen du registre de présence (avec émargement quotidien de chaque élève des 2 sessions et contrôle des jours d’ouverture).

            Nous avons vu aussi les travaux en cours après les 5 premières semaines de leçons et Rama s’est dite très satisfaite du niveau des élèves de l’année et de leur assiduité. Les étudiantes sont sélectionnées avec grand soin chaque année car le TC étant gratuit et de bonne qualité, une centaine de candidates se presse tous les ans pour intégrer l’une des 18 places. Les jeunes « trainees (terme anglais, voilà un exemple de faux amis) ou apprenties» doivent venir de villages ruraux (ward) différents, parfois assez éloignés d’Hemja, toutes les castes ou ethnies doivent être représentées et les jeunes filles/femmes de milieu pauvre sont prioritaires. Bichow Raj, notre superviseur, et Rama, le professeur de couture, sélectionnent ainsi 2 équipes de 9 à 10 personnes qui sont finalement assez homogènes et apprennent leur métier dans la bonne entente et le sens du service. L’équipe du matin a cours de 6h à 9h15 *6 jours, celle de la seconde session de 11h à 15h *5 jours (20h/semaine). Le reste de leur temps libre est consacré à leur famille ou à des petits travaux pour payer leur chambre et nourriture si elles habitent loin.

            De plus, les apprenties confectionnent une cinquantaine d’uniformes chaque année, de la couleur (bleue, gris, bordeaux) du collège ou du lycée où sont élèves les enfants suivis par l’Afen. Suite à un changement d’uniforme en cours d’année, nous avons dû en refaire une dizaine de plus ! Pauvres parents (non aidés par l’AFEN) qui ont dû en payer 2 cette année ! L’apprentissage de la confection des uniformes est très utile car il s’agit d’habits occidentaux différents des habits traditionnels (sarouals, saris et corselets) et donne donc des connaissances polyvalentes très appréciées à nos élèves qui deviennent rapidement opérationnelles en boutique (salariée) ou en atelier chez elles.

            Cette année, l’étude du bilan et le contrôle des factures a été moins confortable pour Betty, car Rama ne parle ni écrit l’anglais (les registres et factures sont donc en Nepali !!!), le traducteur du soir était le fils de Bischow Raj, Sansar, âgé de 18 ans, qui avait bien des soucis pour traduire en anglais les termes techniques de mots nepali inconnus de lui  (gorge, bobines, extrafort, courroie,  doublure …) et ne parlons pas des pièces de lingerie féminine qui mettait à mal sa pudeur ! Le tout au milieu des cris perçants d’Obisha 2 ans qui avait un œil sur la TV, l’autre sur le rapt des papiers à sa portée! Pas de table, nous travaillons à 4 pattes au sol ! Coût prévu 2018 = 3 500€

            Le dernier samedi de janvier, l’Ecole de couture a vécu sa traditionnelle remise des certificats d’apprentissage couture, tricot et petits objets de décoration décernés aux 18 élèves de la session qui s’était achevée fin décembre. Chacune a reçu 1 kg de laine pour tricoter un pull, des aiguilles et ciseaux tandis que les jeunes enfants piochaient des bonbons, petites peluches et petites voitures ramenées des brocantes françaises ou d’Approche, la ressourcerie de Saint Maur. Tout s’est terminé par des danses et des chansons après un déjeuner festif offert et préparé par les élèves qui s’étaient cotisées. Quelques voisines indigentes en ont profité aussi discrètement! Que du bonheur ! (Photos)

F- La visite de LUMBINI

             Bref, peu de temps libre/ repos sauf pour faire une excursion de 3 jours à Lumbini (lieu de naissance du Prince Siddharta avant de devenir Bouddha, l’Eveillé ou l’Accompli). Site magique au sud du Népal à la frontière avec l’Inde que l’on atteint de Pokhara par le Siddharta Way. C’est la route antique, splendide mais redoutable des anciennes caravanes qui portaient du thé et des épices au Tibet et revenait avec le précieux sel rose de l’Himalaya aux vertus curatives. Pendant 8h et 140 kms, elle traverse les chaines de collines, surplombe des à-pics et canyons en suivant des vallées étroites et encaissées. On découvre à chaque virage en lacet des échappées superbes sur les montagnes. Prévenus, nous avions pris un médicament anti-nausées ! Nous sommes partis avec Bischow Raj, avons visité les lieux avec sa fille Ditchyia (étudiante en agronomie dans le Teraï) venue nous rejoindre et avons rendu visite à la famille de Saradar. Du coup, nous avons une fois encore bénéficié de l’accueil généreux de toute la famille.

            En effet, le site de Lumbini (proche de la ville industrielle de Butwall) a été inscrit depuis quelques années au Patrimoine de l’Unesco pendant le mandat d’un secrétaire de l’ONU bouddhiste qui a invité tous les pays partageant cette croyance à venir y construire un temple dans le style de leur pays. Une vingtaine d’entre eux ont répondu présents à l’appel et il est vraiment très surprenant de constater leurs constructions (parfois délirantes), chaque pays ayant à cœur d’illustrer sa vision de cette philosophie et de surpasser les autres. On peut aussi assister à des cérémonies de nonnes et moines de langues et costumes qui  diffèrent  par des détails. Quelques pays occidentaux sont présents : l’Autriche (son Temple Mère de la Voie graduée vers l’Eveil est en style grec classique !), l’Allemagne a construit un grand Stupa Lotus, le Canada, un centre de méditation et la France présente un bâtiment de la Fondation Linh Son, le plus austère de tous, dans les tons pastel dont nous n’avons pas vu l’intérieur (en réfection). Tous ces temples dédiés à BOUDDHA et aux pèlerins du monde entier sont construits à l’intérieur d’une vaste enceinte de l’ancienne résidence royale du Prince Siddharta (c’était son nom avant de devenir Bouddha par le jeûne (ascèse) et la méditation). On peut aussi visiter les fondations du palais (fruit des fouilles de 1992) et la pierre sur laquelle Bouddha (né debout, d’après la légende) aurait posé son pied (attesté dans des écrits de l’empereur indien ASHOKA en 243 avt JC qui y construisit une colonne de 6 m retrouvée en 1896). Vers 600, un cataclysme détruisit l’ensemble du site et les mongols finirent de le raser plus tard. Ce site sacré a toujours été visité par des fidèles chinois et de toute l’Asie du Sud Est d’où  l’existence de témoignages écrits de leur visite. Les fouilles récentes n’ont pas été faites au hasard. (Photo)

            LUMBINI et BUTWAL villes proches sont situées dans le Térai, longue mais étroite plaine poussiéreuse, polluée par des industries et la circulation. Nous n’y sommes pas restés et avons passé notre seconde nuit à TANSEN, sur le chemin du retour à 40 kms de là. Cette station d’altitude au climat tempéré et sain (à 1350 m) est aussi l’ancienne capitale de PALPAL, prospère petit royaume Magar resté très traditionnel avec ses ruelles escarpées qui grimpent vers le sommet d’une falaise abrupte. Elle surplombe les gorges de la Kali Gandaki et d’en haut, on peut découvrir un paysage de toute beauté, sauvage et immense. Le matin, la brume stagne dans les vallées profondes et donnent l’impression d’un lac blanc. Contempler le lever du soleil de la terrasse de notre hôtel est une expérience ineffable avant de se fondre dans le charivari coloré des femmes aux saris superbes pour honorer Shiva dont c’était précisément la fête ce jour là. Chacun se précipitait au petit matin vers les fontaines et piscines sacrées pour les ablutions d’usage avant d’apporter des plateaux d’offrandes vers les multiples petits temples qui se découvraient dans des endroits cachés en suivant les fidèles. Bien inspirés d’être venus ce jour là, d’autant que la ville n’est pas fréquentée par les groupes de touristes et rarement par les voyageurs indépendants nous a dit la sœur de Saradar qui habite là et vend avec son mari  des tissus Newar typiquement traditionnels et fabriqués dans cette ville.

            Inutile de dire qu’après ce voyage marathon sur 3 jours (sur nos frais personnels et non ceux de l’AFEN), nous étions épuisés mais ravis de toutes ces découvertes faites en compagnie de Bichow Raj et Ditchya, ainsi que la famille maternelle de Saradar, son épouse, dont les frères et sœurs nous ont accueillis  près de Lumbini et à Tansen. N’hésitez pas à chercher sur Google Map ces sites et les photos car c’est vraiment passionnant et surprenant et puis, allez y !

 

G- Point sur la reconstruction du pays

            La  reconstruction du pays suite aux dégâts qui ont touché les bâtiments tant gouvernementaux que civils ainsi que les infrastructures après les secousses sismiques de 2015 est en cours. Il reste beaucoup à faire bien sûr, mais les choses bougent. D’abord les gigantesques travaux sur toutes les routes que nous avions commencé d’observer l’an dernier se sont amplifiés et généralisés sans que la circulation soit pour autant interrompue. Ils s’expliquent par la prise de conscience collective que l’accès des secours est impossible dans l’immense majorité du pays desservi par des pistes étroites et mal entretenues. Pompiers, ambulances, engins de déblaiement ne peuvent intervenir et sauver des vies. D’où le très lourd bilan des morts après les 2 tremblements de terre récents.

      Maisons : 667 662 habitats ont été détruits en avril ou mai 2015 mais 610 500 familles ont signé un accord de reconstruction avec le gouvernement. Sur ce nombre, 100 236 maisons ont été reconstruites soit 16.5%, et 332 300 sont en cours de travaux ce qui portera à 70% les maisons reconstruites à la fin de cette phase. L’article du KATHMANDU POST du 25 février 2018 ne dit pas si le mouvement va se poursuivre l’an prochain et dans quel délai le programme de la NRA (National Reconstruction Authority) sera terminé. Nos 3 familles qui avaient été touchées vivent toujours dans des maisons de bambous sans avoir reçu l’aide de l’état, y compris Baburam qui va, (cette année) doubler de parpaings, ses actuels murs de bambous, pour diminuer les courants d’air et  renforcer son abri.

            En ce qui concerne les 150 000 écoles plus ou moins détruites, beaucoup d’associations étrangères se sont lancées dans cette tâche mais pas de vue d’ensemble. Les informations partielles viennent de nos visites (dans notre secteur réputé peu touché, tout a été consolidé) ou de nos contacts avec des associations : Rock-en-wood, le CED, Grandir au Népal …. A Katmandu, des établissements historiques ont été détruits comme la 1ere école fondée en 1847 (pour les fils des dignitaires et des hautes castes) et nous avons constaté qu’en ville, de multiples écoles ont été construites en bambous et tôles.

            Les monuments sous l’égide de l’UNESCO sont en reconstruction avancée à Patan mais guère dans les autres villes historiques (Bhaktapur, Gorka, Katmandu …). Tout ce qui est reconstruit l’est avec des règles antisismiques (aide du Japon) et le pays travaille beaucoup à redresser ses ruines avec l’aide l’internationale.

                        Conclusion

            Une fois de plus, ce voyage a été riche d’émotions et de découvertes les plus diverses, rencontrant avec joie tous nos partenaires, les familles, les écoles, les pensionnaires du home d’enfants de l’association française « Un toit sous l’Himalaya » (Photo), toutes les personnes qui consacrent tant de temps à l’association pour que tout prospère et fonctionne, même en notre absence !

            Une énergie formidable se dégage de toutes ces activités qui renforce encore notre détermination à continuer, avec vous tous, de marcher sur ce pont léger et solide entre nos pays, à la rencontre d’une civilisation en profonde mutation mais dont sa grande jeunesse facilite le changement rapide.

            Nous restons en contact par internet et Skype avec Bichow Raj et Teck Nath qui se sont montrés d’une assistance sans faille et permanente. Un grand merci à tous nos amis népalais. N’hésitez pas à consulter le site internet qui a été mis à jour des photos du voyage par Daniel: www.nepal-afen.com

            Le budget engagé pour les actions 2018 serait de 16 600€ et la campagne de collecte des fonds pour 2019 a commencé dans les brocantes du 18 mars et du 10 juin, les ventes privées de Pashminas (écharpes-étoles légères, chaudes et colorées) dans nos réseaux d’amis ou de collègues. Faites-nous signe si vous voulez qu’on fasse une présentation chez vous ou vos CE. Comme l’an dernier, rendez-vous mi décembre au marché de Noël des associations caritatives à Saint Maur (94100). Prochaine communication fin octobre.

            Passez tous un bon été et que la lecture de ce long compte-rendu vous accompagne dans vos vacances. Merci de votre patience et de votre soutien. Un grand merci aux dames qui tricotent les bonnets et pulls d’enfants que nous distribuons dans les familles et dans les écoles (nurserie et petites classes: 4 à 9 ans). Continuez, seul, rien ne se fait !

            Si vous voulez soutenir nos actions, vous pouvez aussi nous envoyer un chèque à l’ordre de l’AFEN et nous vous enverrons un reçu fiscal global de vos dons fin mars 2019, à l’adresse de la trésorière :

Elisabeth CROZET 40 Bis Av Joffre, 94100 Saint Maur des Fossés (Tél 06 23 18 65 76) daniel.betty.crozet@orange.fr

 

Date de dernière mise à jour : 17/06/2019

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